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L’activité humaine jusqu’à aujourd’hui, et demain ?....

Demain La Décroissance N°6

mardi 4 juin 2013, par Georges Turlin

L'humain est un organisme, élément de la nature qui, comme toute cellule vivante, se maintient en vie par l'exploitation des autres éléments de la nature qui lui sont accessibles et qui deviennent par ce fait ses ressources naturelles.

Schéma

Nous avons donc les ressources naturelles qui sont exploitées pour subvenir aux besoins et la pollution que cette exploitation et/ou consommation engendre.

Soit quatre éléments :

  • les ressources naturelles

  • leur extraction, exploitation, transformation

  • la richesse produite, la vie, perpétuation de l’espèce

  • la pollution engendrée par l’exploitation et la consommation

 

Les ressources naturelles

Rappelons brièvement ce que sont les ressources naturelles accessibles pour l’homme.

Elles sont de trois sortes, énergétique, matière première, nutrition et de trois types, inépuisable (soleil, vent, gravité, terre, eau), fini (combustibles fossiles, minerais), renouvelable (biomasse, faune).

Insistons une fois de plus sur la notion d’accessibilité, un élément de la nature devient ressource naturelle pour un organisme que si celui-ci lui est accessible. Cela peut paraître trivial, ça l’est moins lorsque l’on considère que l’accessibilité varie dans le temps et dans l’espace. Les ressources naturelles accessibles à l’homme aujourd’hui dans le monde industriel ne seront plus des « ressources » naturelles lorsque leur accessibilité fera défaut. Par exemple, le bois, ressource naturelle énergétique et matière première renouvelable par excellence, nous est accessible par l’intermédiaire des tronçonneuses, engins forestiers, scierie et autres machines. Si l’un des éléments de la chaîne d’exploitation/transformation vient à diminuer, c’est l’accessibilité à la ressource bois qui diminue sans pour autant que les forets diminuent.

Exploitation

Les éléments accessibles de la nature vont être extraits, exploités, transformés pour subvenir aux besoins vitaux et ludiques de l'homme. Cela couvre l'ensemble des activités humaines des secteurs primaires et secondaires, depuis la simple chasse-cueillette jusqu'à la sophistication de la production industrielle actuelle.

Une liste à la Prévert pourrait donner ceci.

Cueillette de baies, macération de racines, chasse, pêche, carrière de silex, taille de pierre, érection d'abris, confection de vêtements en peau, culture, élevage, tissage, poterie, mines de cuivre, façonnage de bijoux, façonnage d'outils, construction de pierres, fabrication du charbon de bois, mines de fer, forges, exploitation forestière, construction navale, mines de charbon, aciéries, machines mécaniques hydrauliques, machines à vapeur, exploitation du pétrole, moteurs à combustion interne, production électrique, machines agricoles, chimie, engrais, électronique, nanotechnologies...

Toutes ces activités ne sont possibles que s'il y a des ressources naturelles accessibles.

Le résultat de ces activités est ce que l'on nomme « La richesse » .

Les économistes ajouteraient dans cette partie, les investissements et la main d'oeuvre. On peut complexifié le schéma en introduisant ces notions, cela ne changera en rien le système. L'argent n'a aucune réalité physique, ne reflète qu'un niveau de confiance dans un échange à un moment donné. La main d'oeuvre est à la fois producteur et consommateur, s'il y a des consommateurs, il y a de la main d'oeuvre, s'il n'y a pas de main d'oeuvre, il n'y a pas de consommateur. Tout cela n'influe en rien le fait que la richesse produite est directement proportionnelle à la quantité de ressources naturelles accessibles.

Richesse

La richesse est le résultat de l'exploitation des ressources naturelles pour subvenir aux besoins vitaux, (manger et se protéger des agressions extérieures) et ludiques.

Les économistes évaluent cette richesse en fonction de certains critères et étudient les évolutions, comparent les états et projettent ce que sera demain.

Sans user de ces artifices, il est simple à comprendre que la richesse d'une nation est directement liée à la quantité de ressources naturelles accessibles, il n'y a qu'à étudier l'histoire pour s'en convaincre.

L'accessibilité est obtenue de deux façons, par la force, le plus fort s'approprie les ressources de l'autre et par la connaissance, il ne suffit pas d'avoir un élément entre les mains pour qu'il soit exploitable, encore faut-il savoir l'exploiter.

Succinctement, la richesse de l'occident s'est faite à partir du moyen-âge grâce à l'apport des connaissances des pays arabes (les croisades) puis par l'appropriation des ressources naturelles des Amériques et ensuite de celles de l'Asie et d'Afrique. Les richesses accumulées ont permis à l'occident de développer les connaissances qui ont améliorer l'accessibilité aux ressources naturelles, leur exploitation et transformation.

Civilisation

Jusqu'à hier (à l'échelle de l'humanité sur terre), il y a environ 10 000 ans, l'homme vivait en bandes et tribus (notion de taille de groupe) et subvenait à ses besoins vitaux et ludiques en quelques heures par jour. L'excédent était le temps.

Depuis que l'homme s'est arrêté en Asie Mineure il y a un peu plus de 10 000 ans, l'exploitation des ressources naturelles s'est radicalement transformée, de chasseur-cueilleur, l'homme est devenu éleveur -cultivateur. La capacité à subvenir aux besoins vitaux a cru. Or, au lieu d'en profiter pour avoir encore plus de temps libre, certains individus, plus voyous que les autres ont vite compris qu'en s'appropriant la terre, il suffisait de faire travailler les autres pour subvenir à ses besoins. Les besoins ne sont jamais assouvis. Il en faut toujours plus, c'est ce que l'on nomme l 'abondance. Bien sûr, il n'y a pas de limite à l'abondance. Il n'y a donc pas non plus de limite à l'accaparement des ressources naturelles et à l'exploitation des hommes.

Toutes les guerres ont toujours eu pour cause la volonté de s'accaparer les ressources naturelles du voisin.

C'est ce que nous appelons communément « La Civilisation ».

Le tertiaire

Très vite donc, une partie de la population a produit de l'excédent pour nourrir, vêtir, loger une autre partie de la population. Plus la quantité de ressources naturelles est grande et plus il y a d'humains pour l'exploiter et la transformer, plus il y a de « riches » qui n'ont d'autres activités que de développer les connaissances et les arts.

Nous commençons à ce niveau là à changer d'échelle, nous quittons les bandes et les tribus et entrons dans le domaine des chefferies et états. Les plus voyous sont à la tête, une administration devient nécessaire et l'on développe les connaissances et les jeux. Nous sommes dans les cours des rois, empereurs, sultans, maharadjas... Le secteur tertiaire est né, santé, justice, sécurité, éducation, arts.

Il va de soi que tous ces éléments du tertiaire ne sont pas apparus qu'à travers les cours. La santé est un réflexe, les animaux en sont pourvus.

La justice et la sécurité se faisaient d'elles mêmes au sein des petits groupes que constituaient les bandes et les tribus.

Les groupes d'hommes ont toujours su ce qu'ils avaient à savoir pour vivre, sinon ils disparaissaient.

Quant aux arts, ils sont en chaque individu, y compris les plus primitifs.

Ce qui change avec la sédentarisation et les cours, c'est que tous ces services vont être rendus principalement à une minorité gouvernante par des individus qui ne participent pas directement à l'exploitation/transformation des ressources naturelles, sont nourris, vêtus, logés par l'excédent produit par les agriculteurs, maçons, tisserands, etc...

Ce qu'il faut toujours avoir à l'esprit est qu'il ne peut y avoir de secteur tertiaire que si les secteurs primaire et secondaire font de l'excédent.

Le secteur tertiaire est directement proportionnel à la quantité de ressources naturelles accessibles. Si nous avons, dans nos sociétés occidentales, de quoi subvenir aux besoins vitaux et ludiques de la grande majorité de la population, acteurs du secteur tertiaire, c'est que nous avions du charbon et du minerai de fer et que nous nous sommes approprié les ressources d'autres pays (les colonies) ce qui nous a permis de développer nos connaissances avec lesquelles nous avons amélioré l'accessibilité aux ressources naturelles et ainsi de suite.

Si les secteurs primaire et secondaire produisent moins d'excédent, le secteur tertiaire diminue d'autant. Il est vain de proposer comme solution à la crise, le développement du tertiaire, sauf s'il s'agit évidemment d'être au service de pays riches en ressources naturelles.

Pollution

Toute cellule vivante, en exploitant les ressources naturelles qui lui sont accessibles, dégrade le système et pollue. La pollution peut être locale et temporaire - un ours en marchant dans la forêt piétine quelques fleurs. Ce qui importe dans la notion de pollution est de savoir si la dégradation est réversible ou non, de connaître sa durée dans le temps et son impact sur l’appareil reproducteur. La pire des pollutions pour une espèce vivante est celle qui conduit à sa disparition. Le summum est atteint lorsque cette pollution est produite par l’espèce en voie de disparition elle-même, je veux parler de la pollution humaine qui, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire n’est pas un danger pour la planète mais pour l’homme lui-même.

Il est important de considérer les deux types de pollution, la pollution produite à l'exploitation des ressources naturelles et celle produite à la consommation des biens produits. La voiture électrique, par exemple, est plus polluante qu'une voiture à moteur à combustion interne si l'on prend en compte la fabrication de la voiture (batteries, moteurs, etc...) et la production et distribution de l'électricité. Bien sûr, le consommateur a l'impression de ne pas polluer parce qu'il ne rejette pas directement de particules nocives dans l'atmosphère. Il y aurait comme de l'hypocrisie. L’électricité nucléaire n'est pas moins polluante que celle produite au gaz, même en terme de rejet de CO2 si l'on prend en compte les mines d'uranium, la production du yellow cake, des barres de combustible, la fabrication et la maintenance des centrales nucléaires et le réseau de distribution. Là encore, un air d'hypocrisie.

Le responsable de la pollution est toujours le consommateur in fine. Comme toute activité dégrade le système et que le niveau d'activité est grossièrement reflété par la finance, on peut dire simplement : « dis-moi combien tu gagnes, je te dirai combien tu pollues ».

Remarques

Intelligence

Le plus fort se croit toujours le plus malin.

Le « civilisé » se croit plus malin que le « péquenot ».

Or, nous avons vu que les civilisations sont basées sur l'appropriation de ressources naturelles par un groupe d'individus, en quelque sorte des voleurs.

Des voleurs qui imposent leur point de vue par la force, ce n'est guère là un signe d'intelligence.

La pyramide des secteurs

Dans le monde pré-industriel, la grande majorité de la population est occupée à exploiter les ressources naturelles, c'est le secteur primaire. Une autre partie de la population, plus réduite, est occupée à transformer une partie de ces ressources, c'est le secteur secondaire. Une troisième partie, très réduite, assure la santé, sécurité, justice, arts, c'est le secteur tertiaire. La taille du secteur tertiaire dépend de la capacité des secteurs primaire et secondaire à produire suffisamment d'excédent.

Dans le monde industriel, cette pyramide est inversée, elle est sur la pointe. Une petite partie de la population assure l'exploitation des ressources naturelles pour l'ensemble, une partie un peu plus importante assure la transformation d'une partie de ces ressources pour assouvir les besoins de l'ensemble et la grande majorité de la population assure les services et amuse le monde.

Il suffira demain, que la capacité du secteur primaire à produire de l'excédent, notamment alimentaire, diminue pour que les acteurs du secteur tertiaire n'aient d'autre choix que de retourner aux champs s'ils veulent survivre.

Coupure chasseur cueilleur – éleveur cultivateur

Il y a deux grands sauts sur la courbe démographique mondiale, une au paléolithique supérieur et une au néolithique suivie de la révolution industrielle.

Mes connaissances ne me permettent pas de statuer sur le premier bond autrement que de penser à un changement d'espèce humaine, de Néandertal à Cro Magnon.

Pour le second, on ne peut s'empêcher de faire une corrélation entre le bond démographique et la sédentarisation qui transforme le chasseur-cueilleur en éleveur-cultivateur. Alors que le premier vit depuis 25 000 ans dans un monde d'abondance (puisqu'il ne lui faut que quelques heures par jour pour assurer ses besoins) sans pour autant que la démographie augmente, elle s'adapte tout au plus aux aléas climatiques, le second entre dans une frénésie du toujours plus et la démographie va suivre la capacité à produire de la nourriture. La plus forte progression démographique est liée à la capacité à produire de la nourriture en grande quantité, la population mondiale a été multipliée par trois en cinquante ans durant la deuxième moitié du XXe siècle.

Alors qu'il s'agit de la même espèce animale, que s'est-il passé au néolithique ?

Une notion nouvelle, la propriété, a vu le jour, la taille des groupes a augmenté, les cités ont fait leur apparition. Quelle furent les relations de cause à effet ?

A part quelques peuples réfractaire à la modernité, la plupart foncent tête baissée vers le consumérisme moderne alors que nous savons aujourd'hui qu'il mène à l'impasse.

Drôle de bête que l'homme

====> ET DEMAIN ?.....

La production de richesse va décroître, c'est inéluctable. Les machines ne fonctionneront plus, il faudra manier l'outil, au sens propre du terme, c'est à dire « à la main ». Puis l'homme ne sera plus en mesure de produire d'acier ni de le récupérer, ce sera le retour a l'âge de pierre, à une différence près, la somme des connaissances acquises sera énorme mais le savoir faire de base de la survie aura disparu.

De nombreux concepts qui font notre gloire d' êtres évolués vont voler en éclats. Ce sera un changement radical de paradigme. Il est difficile de situer cette évolution dans le temps, nous savons simplement que nous attaquons la descente sans en connaître la pente. Ce qui compte est de savoir vers où nous allons et de nous y préparer, d'où la question : que faire ?

PERSPECTIVES

Le temps

La première question qui vient à l'esprit est : quand cela va-t-il se produire ?  Je ne suis pas devin et ne puis évidemment pas répondre à la question. Au vu de la courbe ressources par habitant, en 2050 on devrait avoir à peu près la même quantité de ressources naturelles à exploiter qu'en 1950. La différence est qu'à l'époque, nous n'étions qu'une poignée à nous partager les ressources, demain, il y aura du monde à la porte, les bénéficiaires auront sans doute changé de camp. On peut néanmoins pronostiquer pour les deux décennies qui viennent :

· déclin de l'automobile (déjà amorcé),

· déclin du tourisme (déjà amorcé)

· en conséquence du déclin du tourisme, le déclin de l'aviation (déjà malade).

Par la suite, on sera très vite au niveau du Moyen-âge puis des villages Gaulois. Il faudra sans doute moins de temps pour y arriver qu'il n'en a fallu pour passer de Vercingétorix à De Gaulle.

Décroissance

La production de richesse est évaluée aujourd'hui, à l'aide du PIB. Ce calcul est très imparfait, il n'est basé que sur des critères purement économiques, mais il a le mérite d'exister. La croissance est la mesure de son évolution dans le temps, que l'on espère toujours positive. Quand la valeur est négative, on emploi le mot récession mais en aucun cas le mot décroissance. C'est sans doute parce que derrière le mot récession on entend un simple recul momentané alors que derrière le mot décroissance on entend faire demi-tour.

La tendance actuelle, pour éviter de tomber en décroissance, est de promouvoir un nouveau mode de calcul. C'est changer les règles du jeu en cours de partie. Les nouveaux critères d'évaluation de la richesse d'une nation cherchent à prendre en compte les services en ignorant que les services ne peuvent exister que parce qu'il y a excédent du primaire et secondaire, (voir infra la pyramide des secteurs).

De la machine à l'outil

C'est un des principaux points de la vie future : les machines redeviendront d'abord manuelles avant de disparaître et laisser place à l'outil. Celui-ci sera peut-être encore sophistiqué au début, mais comme l'acier disponible viendra de nos poubelles, il deviendra forcément grossier, donc simple.

Fin de la métallurgie

Tout ce que nous connaissons aujourd'hui, tout ce que nous possédons, nous le devons à la métallurgie. Il n'y a pas le moindre petit bout de bois qui n'ait été façonné au couteau, couteau dont la lame est en acier. C'est le matériau qui a permis de fabriquer des outils, des outils pour faire d'autres outils, des machines, des machines pour fabriquer d'autres machines jusqu'à arriver à la sophistication actuelle. C'est quelque part le cœur du système qui s'arrête. La métallurgie industrielle avec pour base la production d'acier par réduction au coke sera définitivement terminée. La production d'acier au charbon de bois demande un savoir-faire aujourd'hui disparu et ne peut produire que quelques pièces de petite taille et de qualité médiocre. De plus, tout le minerai facilement accessible est épuisé. Une fois que l'on aura épuisé le recyclage des ferrailles de l'ère industrielle, dans quelques siècles ou millénaires, il ne restera que la pierre pour façonner des outils. La taille de la pierre devrait être une matière obligatoire à l'école.

Pyramide des secteurs

La pyramide des secteurs qui est passée sur la pointe grâce à l'efficacité de la métallurgie et du pétrole, va se remettre a l'endroit et sur sa base, le secteur primaire. Désolé pour tous ceux (la majorité de la population) qui vivent de et par le secteur tertiaire, qu'ils soient fonctionnaires, assistés sociaux ou humanitaires, artistes et sportifs et bien d'autres encore,

leur activité et/ou les moyens dont ils disposent vont fondre comme neige au soleil. Ça tombe bien, il va falloir assurer la nourriture et nous aurons besoin de main d'œuvre dans les champs.

Rappelons le une fois de plus, il n'y a de services que si les secteurs primaire et secondaire produisent de l'excédent. Si l'excédent vient à diminuer, les services diminuent d'autant. Parmi les services, il y a ceux nécessaires au fonctionnement de la société telle qu'elle est actuellement (sécurité, justice, santé, éducation), ceux de générosité (le social) et le superflu (sport, arts, tourisme). L'ensemble de ces services va se dégrader progressivement, mais il est fort probable que le social et le superflu déclineront plus vite. Les vacances seront écourtées, on ira moins au spectacle et on laissera un peu plus sur le bord du chemin ceux qui n'arrivent pas a suivre.

Que les autres services ne se fassent pas d'illusion, ils suivront !…. Tout particulièrement l'éducation, dont l'intérêt sera fortement remis en question lorsque la préoccupation principale sera de trouver à manger. La santé sera aussi touchée et va vite revenir à ce qu'elle était au début du XXème siècle. Les usines pharmaceutiques seront mortes, il nous restera les remèdes de nos grand-mères.

Fin de l’agriculture intensive

La finalité première de la création de richesses est de répondre au besoin élémentaire de base, se nourrir. Avec la décroissance de production de richesses, l'agriculture intensive va disparaître progressivement pour laisser la place à l'agriculture traditionnelle, a la main et au fumier. Les rendements vont s'effondrer et le problème principal sera : comment nourrir 7 milliards d'individus ?

Si l'on compare la production agricole entre le Sahel et la Beauce, nous voyons que :

· dans le Sahel, un homme peut produire 5 quintaux à l'hectare et cultiver 2 hectares, ce qui donne 10 quintaux par an et par homme,

· dans la Beauce, un homme peut produire 150 quintaux à l'hectare et cultiver plus de 100 hectares, ce qui donne 15 000 quintaux par an et par homme.

Le rapport de production entre la Beauce et le Sahel est donc :

· grâce à l'utilisation des machines : multiplié par 50 (de 2 à 100 hectares par homme),

· grâce à l'utilisation des engrais : multiplié par 30 (de 5 à 150 quintaux par hectare),

· en tout : multiplié par 1 500 pour un homme.

Avec moins de machines agricoles et moins d'engrais, il est évident que la production en quintaux par an et par homme va diminuer. Il y aura besoin de main d'œuvre dans les champs, les chômeurs des villes iront à la campagne. Une grande partie des terres arables aujourd'hui est dépourvue de faune microbienne suite à l'emploi outrancier de produits phytosanitaires. Le retour à l'agriculture naturelle ne pourra se faire que lorsque la faune microbienne sera reconstituée, c'est à dire qu'une grande partie des terres arables d'aujourd'hui ne sera pas opérationnelle demain. Ca réduira d'autant la capacité à produire des ressources naturelles nutritives.

Nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises mais répétons-le encore, la démographie suivra la capacité des populations à produire leur nourriture. Autant dire que le nombre des hommes sur terre va chuter fortement.

Et alors ?

A ceux qui sauront vivre près de la nature, il leur restera la terre, les cailloux, la forêt, l'agriculture simple, la pêche, l'élevage, en quelque sorte de quoi vivre. Que demander de plus ? Cet avenir est radieux. N'oublions pas que toute activité est polluante. S'il y avait du pétrole et des minerais de façon inépuisable, nous péririons sous la pollution. Comme le bonheur et l'intelligence n'ont pas évolué avec le confort que nous a apporté le monde industriel, c'est sans regret qu'il faut le voir partir. Enfin, nous allons pouvoir nous consacrer à l'essentiel….. VIVRE.

QUE FAIRE ?

Démantèlement

Il convient avant tout de démanteler toute construction et installation dont on sait que l'on ne pourra pas assurer la maintenance. Cela commence évidemment par les installations dont le manque de maintenance ferait courir un risque aux populations alentour, les industries nucléaires et les usines classées Seveso. Ensuite viennent toutes les constructions qui comportent des matériaux résultants de processus industriel et dont la taille nécessite l'emploi de machines (ascenseur, grue, etc...) pour y accéder.

En dehors des zones industrielles, dont chacun comprend bien qu'elles ne seront plus d'aucune utilité et qu'elles risqueront de contaminer l'air, les sols et l'eau, il y a aussi les zones urbaines telles « La Défense ››, dont les bureaux seront quasiment vides (déclin du tertiaire), dont les ascenseurs seront bloqués à jamais et dont on pourrait récupérer des tonnes de verre et d'acier à béton, facilement réductible en petits morceaux pour le travail à la forge. Ceci est un vœu pieux, personne n'acceptera de démanteler le pont de Normandie alors que nous avons encore des ressources naturelles à consommer. Pourtant, un jour, il finira au fond de la Seine.

Exode urbain

Les endroits les plus problématiques seront sans conteste les zones urbaines. Le manque d'entretien des infrastructures et des bâtiments, couplé au manque de nourriture, manque d'eau potable (ne pas oublier que le réseau d'eau potable est un processus industriel), feront que ces zones deviendront invivables. Comme expliqué dans le livre de Jared Diamond, Effondrements, certaines populations refuseront de quitter leurs us et coutumes. Il y a donc fort à parier que de nombreux groupes s'attacheront coûte que coûte à leur banlieue et disparaîtront. Là encore, il s'agit d'un vœu pieux, je vois mal un politique proposer aux jeunes des banlieues d'aller cultiver les pommes de terre en Limousin. Pourtant, il faudra bien y aller un jour.

Les métiers d'avenir

Paysan

Celui qui vit au pays. Celui qui sait par excellence comment subvenir à ses besoins. Il sait cultiver la terre, élever des animaux domestiques, maintenir une maison en état et tisser des fibres. Nous redeviendrons tous des paysans.

Docteur

Parmi les paysans, il en est un qui devrait se distinguer comme le Chaman, il s'agit du Docteur, celui qui sera capable de nous réparer, nous trouverons toujours de l'excédent pour subvenir à ses besoins.

Fabrication d'outils

La tendance ira à l'autarcie. Ce n'est pas très compliqué de subvenir à ses besoins localement, avec les ressources naturelles locales. Les limites commencent à se faire sentir si l'on veut remplacer une vitre. Faire du verre en feuille n'est pas chose aisée. Il est une autre limite, le métal, dont on se sert pour faire les tuyaux (l'eau courante à tous les étages) mais aussi et surtout les outils. Nous l'avons vu, la production d'acier ne pourra se faire qu'avec du charbon de bois et de toute façon, le minerai facile à extraire a disparu. Durant

des siècles, les générations futures devront vivre de nos poubelles et récupérer l'acier un peu partout pour faire des outils. Se sera sans doute une préoccupation majeure.

Agriculture – semences

Le problème principal sera de nourrir les humains sur terre, il va vite falloir arrêter le système de semences industrielles stériles et revenir au système traditionnel de production de semences localement, à partir d'une récolte pour avoir la certitude de pouvoir replanter l'année prochaine. Tout le système actuel, avec ses lois, est à revoir de fond en comble, et vite. Il y a urgence dans la mesure où il faut tout réapprendre. Voir le lien Association Kokopelli.

EPILOGUE

Le système solaire s'est formé il y a environ 4,5 milliards d'années. Il mourra dans environ 5 milliards d'années, la Terre se vaporisera et le Soleil deviendra une géante rouge avant de mourir. Nous sommes donc à peu près à la moitié de la vie de la Terre. Nous sommes également à la moitié de la production pétrolière. On peut donc penser que le temps des ères passées est identique à ce que seront les ères futures.

Prenons notre échelle de temps de 24 heures :

· L'homme est apparu 22 secondes avant midi et aura disparu 22 secondes après midi, même pas le temps de sonner deux fois les douze coups.

· L'âge des métaux aura duré 8 centièmes de secondes.

· L'ère industrielle aura duré 5 millièmes de secondes…un flash !

Nous ne rentrerons pas dans le débat sur les bienfaits ou les méfaits de la civilisation et du progrès. Néanmoins nous ne pourrons nous empêcher de poser la question : ou tout cela nous a-t-il conduit ?

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