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Qu’est-ce que la décroissance "écosocialiste" ?

Demain La Décroissance N°7

mercredi 5 juin 2013, par Thierry Brugvin

En 2009, les violentes crises financières, alimentaires, pétrolières et écologiques et ont remis en cause l’ancienne place de l’humain sur la terre et dans la nature. Certains attendent, du progrès technique, la solution à ces crises systémiques. Pour de nombreux membres du mouvement altermondialiste, écologiste, ou anticapitaliste, ces crises sont des opportunités à saisir pour faire entendre leurs idées. Mais pour cela il leur faut proposer les premiers pas concrets, qui pourraient les y conduire.

Dans le mouvement écologiste, on peut distinguer actuellement trois grandes tendances politiques, qui se recoupent partiellement. La première représente le pôle « santé-environnement »consistant à promouvoir l’écologie, comme un moyen de préserver prioritairement la santé physique (et mentale) des êtres humains, en protégeant l’environnement. La seconde représente le pôle de « l’écologie environnementaliste »consistant à lutter contre le réchauffement climatique et les dégradations de la nature, à la fois pour éviter sa destruction et aussi pour préserver la planète, seul lieu de vie possible pour l’humanité. La troisième orientation représente le « pôle décroissant », elle consiste à partir d’abord de la limitation des ressources non renouvelables, mis en évidence notamment par l’empreinte écologique. Par conséquent cette tendance propose de mettre en œuvre une décroissance de l’économie de différentes manières selon leurs orientations idéologiques. Le courant « décroissance écosocialiste » représente un des courants décroissants et propose notamment de débuter cette décroissance par les plus riches et de rompre avec le capitalisme.

Ainsi, la décroissance écosocialiste vise d’une part la croissance des plus pauvres, au moins jusqu’à hauteur d’une empreinte écologique soutenable pour tous (actuellement 1,2 Ha/hab.). D’autre part, elle ne s’oppose pas forcément à la croissance des secteurs qui ne détruisent pas la nature et les ressources non renouvelables, tels que le social et le culturel. Cette croissance sélective (qui peut aussi être qualifiée de décroissance sélective), pourra se développer, tant que ses externalités négatives (transports, communications…) du secteur socioculturel en particulier, ne dépassent pas le niveau de l’empreinte écologique mondiale soutenable et égale pour tous.

La « décroissance écosocialiste » s’inscrit elle-même, comme un des courants d’un mouvement plus large qu’est l’écosocialisme. « L’écosocialisme » figure, parmi les alternatives au capitalisme proposées par plusieurs mouvements sociaux. Il ne s’agit pas d’un simple socialisme, car il inclut la dimension écologique et il se différencie d’une part du « parti socialiste » français défendant plutôt un capitalisme social ou « social- libéral » et d’autre part du « socialisme soviétique ». L’écosocialisme s’est développé surtout depuis les trente dernières années, grâce aux travaux de penseurs comme André Gorz, James O’Connor (USA) qui s’expriment dans un réseau de revues telles que Capitalism, Nature and Socialism, Ecologia Politica, etc.

Selon Löwy, l’écosocialisme est une mouvance qui « est loin d’être politiquement homogène, mais la plupart de ses représentants partage certains thèmes communs. En rupture avec l’idéologie productiviste du progrès - dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique - et opposé à l’expansion à l’infini d’un mode de production et de consommation destructeur de la nature, il représente une tentative originale d’articuler les idées fondamentales du socialisme marxiste avec les acquis de la critique écologique » (Löwy, 2008, 68-75).

La décroissance écosocialiste dépasse la simple approche de l’économie politique. Il peut être considéré comme une des tendances du "nouveau" paradigme postmoderniste. Cette forme d’écosocialisme est porté et initié, par des groupes d’origines très diverses, mais dont certains des membres ou des tendances se rencontrent dans ce nouveau courant de pensée. Il s’agit donc d’une convergence, au moins sur certaines idées, entre une part des membres des associations appartenant aux mouvements altermondialistes, tel Attac, aux écologistes, tel Les amis de la Terre, Greenpeace, ou certains Verts comme Yves Cochet, des membres du mouvement pour la décroissance, (le journal de la décroissance, le parti de la décroissance), des trotskistes écologistes dont certains sont membre du NPA, des libertaires, des féministes et même une partie des pratiquants de la santé alternative…

James O’Connor définit comme écosocialiste, les théories et les mouvements qui aspirent à subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage, en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l’environnement. Leur but, un socialisme écologique, serait une société écologiquement rationnelle fondée sur le contrôle démocratique, l’égalité sociale, et la prédominance de la valeur d’usage (O’Connor, 1998 : 278- 331). Pour Löwy et une large partie du « nouveau parti capitaliste », le NPA d’Olivier Besançenot, cette société suppose en plus de « la propriété collective des moyens de production, une planification démocratique qui permette à la société de définir les buts de la production et les investissements et une nouvelle structure technologique des forces productives (Löwy, 2008 : 68-75) ».

Or, ce point fait polémique, car les tenants de la décroissance écosocialiste, dont certains sont aussi membres du NPA et d’autres associations, estiment par contre que le dépassement du capitalisme doit se limiter à une socialisation démocratique limitée seulement aux grandes entreprises et non pas à tous les moyens de production (banques, transports, santé, énergie, etc.). Tandis que l’écosocialisme anti-capitaliste, recherche en particulier à supprimer la propriété privée des grandes entreprises et à adopter une gestion démocratique et écologique de la société, la décroissance écosocialiste, suppose en plus, le passage au paradigme postmoderniste de la « simplicité volontaire ». Ce dernier implique un changement à la fois dans la représentation du monde et dans les comportements des citoyens.

Pour exposer les idées du mouvement de la décroissance écosocialiste nous présenterons les 4 piliers de ce courant de pensée :

- La révolution culturelle conduisant vers le paradigme postmoderne de la décroissance, opposée à celui de la modernité. Nous développerons principalement, cet axe et dans une moindre mesure, les trois suivants que sont :

- La limitation, la redistribution des richesses et la protection des biens communs, en opposition à l'accumulation capitaliste et à son productivisme illimité.

- La socialisation démocratique des moyens de production des grandes entreprises, en contradiction avec la propriété privée de leurs moyens de production.

- La régulation publique démocratique de la société du plan local au plan international, s’opposant à la gouvernance globale libérale par les entreprises privées.

1. LIMITATION, REDISTRIBUTION DES RICHESSES ET PROTECTION DES BIENS COMMUNS (En opposition à l'accumulation capitaliste et à son productivisme illimité) :

Une des conditions de décroissance écosocialiste réside dans la redistribution et la limitation des richesses. C’est à dire la :

- Limitation des salaires (de 1 à X fois le salaire minimum)

- Limitation des revenus (intérêts, dividendes…) à X %

- Limitation du patrimoine à X euros et/ou X biens (maison, terrain, véhicule…)

- Redistribution des richesses économiques des individus, des entreprises et des Etats :

· par les impôts et les taxes (sur les produits, les profits, salaires, spéculation…) 

· du local à l'international,

· - intégrant la dette écologique (fondée sur notamment sur l'empreinte écologique) et la dette économique du Nord vis -à -vis du Sud (reposant notamment sur les prélèvements coloniaux et néo-coloniaux).

· Limitation des prélèvements et de la consommation des ressources non renouvelables (pétrole, métaux…) et des biens communs (eau, sols, forêt, air, animaux…) afin de préserver la vie des générations futures sur la terre.

 

2. LA SOCIALISATION DEMOCRATIQUE DES MOYENS DE PRODUCTION DES GRANDES ENTREPRISES (plutôt la propriété privé de leurs moyens de production)

Pour Marx, le cœur du capitalisme est la propriété privée des moyens de production dont les propriétaires tirent la plue value sur leurs salariés et dont la finalité est d'accroître sans cesse leur capital ((Marx, 1948). Pour les écosocialistes, la socialisation démocratique (ou nationalisation, appropriation, ou propriété collective des moyens de production des grandes entreprises) s'avère donc le premier pas qui permet de basculer véritablement vers une société non capitaliste. Les PME ne sont pas concernée, afin de conserver la liberté d’initiative des acteurs économiques à la base du système, en effet une planification intégrale deviendrait trop lourde, trop centralisé et inadapté aux besoins des citoyens. A travers le tableau ci-dessous synthétisons les différences et les principes du capitalisme néolibéral, du communisme soviétique, et de la décroissance écosocialiste.

Dans leur perspective les décisions des grandes entreprises socialisées seraient par exemple assurées par :

- une direction participative fondée sur la subsidiarité des décisions dans l'entreprise.

- par un conseil d'administration composé par :

· les syndicats de salariés,

· les associations parties prenantes (usagers, consommateurs, associations écologistes…),

· les représentants de l'Etat ou des pouvoirs publics locaux(les élus du peuple sont choisis pour préserver l'intérêt général)

· et par un directeur élu par ces différents acteurs.

 

3. L'ECOSOCIALISME POSTMODERNE : PASSAGE VERS UN NOUVEAU PARADIGME CULTUREL

TABLEAUX COMPARATIFS (IDEAL TYPIQUE) DES CULTURES MODERNE, TRADITIONNELLE ET DU POSTMODERNISME ECOSOCIALISTE

Les tableaux ci-dessous visent à comparer sous un angle anthropologique et de manière idéale typique, les caractéristiques de la culture moderne, traditionnelle et du postmodernisme écosocialiste. Il ne s’agit que de formes idéales typiques, au sens de Weber, c'est-à-dire que l’on ne les rencontre jamais à l’état pur dans la réalité, car des variations existent presque chaque individu.


 


FORMES DE TRANSPORTS, DES TECHNIQUES,

USAGES DES BIENS NON RENOUVELABLES ET AUTRES

 

 

Culture Moderne (du capitalisme occidental techno-industriel)

Culture traditionnelle (des peuples premiers, tels les indiens Kogis)

Culture postmoderne (de la décroissance écosocialiste)

Mode de transport

Croissance infinie et mondialisée. Régulée par les besoins du marché et non par la rationalité écologique

Lent car pédestre, animal, voile, mais respectueux de l'environnement

Décroissance des transports visant à réduire l’empreinte écologique

 

Usage des biens non renouvelables et des ressources naturelles

Consommation jusqu'à leur terme, des biens non renouvelables, considérés pour leur valeur marchande et pour satisfaire l'impératif de croissance infini

Approche fondée sur leur valeur d'usage permettant la reproduction de la nature par une consommation non excessive

Décroissance de la consommation des biens non renouvelables et tentative de gestion rationalisée et collective

Approche de la technique

Pouvoir de la technique (technicien et technocrate) supérieur au pouvoir du peuple.

Utopie prométhéenne de la technique comme solution à tous les problèmes, y compris la fin des biens non renouvelables (pétrole, uranium, métaux…)

Technique artisanale

Technologie appropriée et maîtrisée (fondée sur l'identité culturelle et l'autonomie).

Renoncement à la solution du tout technologique

Ou, principe de précaution fondé sur une décroissance en attendant les alternatives technologiques

Habitat et lien social

Solitude individualiste dans des mégalopoles

Relation au sein de petite communauté

Réseaux sociaux situés dans de petite ville ou des villages

"Métiers" typiques

Industriel, Technicien, Scientifique

Chasseurs, Cueilleurs, Cultivateurs, Chamanes

 

Professions "alternatives", Professions sociale et écologiste, Métiers de la culture Enseignement

 


 

FORMES DE TRAVAIL, DE CONSOMMATION ET DE PRODUCTION

 

 

Culture Moderne (du capitalisme occidental techno-industriel)

Culture traditionnelle (des peuples premiers)

Culture postmoderne (de la décroissance écosocialiste)

Forme de travail

Travailler plus, plus vite, plus efficacement, recherche de la productivité maximum, pour gagner plus.

Travailler au rythme des saisons, de la lumière du jour, et cesser quand ces besoins essentiels sont satisfaits

Partager le travail, pour que tous y aient droit

Travailler moins pour accroître son temps pour soi et autrui 

Rythme de vie

Recherche de la vitesse et de l’accélération infinie

Priorité au temps intérieur Recherche de la lenteur afin de développer aussi les qualités intérieures de l’être humain

Quête de la lenteur, « éloge de la paresse » comme opportunité de la « simplicité heureuse »

Mode de réparation des richesses et de solidarité

L'accroissement des richesses globales bénéficiera à tous par ruissellement (percolation)

Solidarité économique communautaire

Recherche d’une redistribution des richesses et d'une régulation sociale à la fois mondiale et relocalisée

Mode de consommation

Consommer pour pérenniser la croissance capitaliste, se donner un façade sociale, pour oublier son vide existentiel (du pain et des jeux)

Consommation comme lien avec les esprits de la nature, qui sont remerciés pour avoir crée la nourriture

Décroissance de la consommation de biens matériels. Récupération (recyclage) pour économiser de l'argent et préserver l'environnement

Mode d'échange (lien socio- économique)

Recherche de l'intérêt individuel par le profit économique ou symbolique (prestige) / Echange monétaire international / Ouverture des marchés à la loi du plus fort

Don et contre don matériel, symbolique et sociaux / Troc

Monétaire (globale) et monnaie locale (SEL) / Economie de proximité (pour privilégier aussi la relation sociale) / Protectionnisme

Mode de production

Productivisme et croissance infinie, comme moteur du capitalisme

Economie de subsistance

Décroissance de la production des plus riches pour permettre celle des plus pauvres (au moins jusqu’à atteindre une empreinte écologique soutenable et égale pour tous).

Localisation de la production

Spécialisation / Domination du centre sur la périphérie / Inégalité des termes de l'échange / Ouverture des marchés

Production locale / Echanges limités essentiellement aux nomades

Autonomie locale et nationale, avant d’échanger / Relocalisation sélective de la production

Méthode de culture

Productiviste / Intensive / Chimique, génétique, enrichissant l'industrie agro-alimentaire

Extensive / Fondée sur l'harmonie avec les esprits des plantes, de la pluie… / Cueillette, chasse (Nomadisme), culture sur brulis

Biologique / Culture de proximité / Rotation des cultures

 


 

DIMENSION SANITAIRE, PSYCHOLOGIQUE, ET SPIRITUELLE

 

 

Culture Moderne (du capitalisme occidental techno-industriel)

Culture traditionnelle (des peuples premiers)

Culture postmoderne (de la décroissance écosocialisme)

Approche du corps et de la santé

Approche mécanique et matérialiste du corps appuyée sur une médecine fondée sur la chimie

La santé dépend de l'harmonie entre l'être humain, la nature et les esprits

La santé physique est en relation avec la santé psychique

Mode de raisonnement

Intellectualiste / Réductionnisme scientiste / Ce qui n'est pas scientifiquement vérifié n'existe pas

Bon sens pratique / Intuition chamanique / Approche symbolique, spirituelle et mythologie de la réalité

Recherche de l'harmonie entre l'intuition et l'intellect / Approche symbolique et mythologique du monde / Expérimentation personnelle

 

Psychologie Approche égotique

Culte de l'Ego

Besoin de puissance et de reconnaissance

Oubli de soi dans l'activisme

Sagesse et principes fondés sur l'autorité des anciens et de la tradition spirituelle

Recherche de la connaissance de soi, pour se détacher de ses dépendances (développement personnel)

Se changer soi pour changer le monde

Approche de la santé

Approche économique, matérialiste (biologique), du corps, des maladies physique et psychique, d’où l'usage d'une médecine chimique (allopathique) enrichissant l'industrie pharmaceutique

Maladie considérée comme le résultat d'un déséquilibre matériel, psychique et spirituel (esprits ou dieux)

Guérison par les plantes et le chamanisme

 

Maladie considérée, comme un déséquilibre biologique et psychique

Médecine alternative, naturelle, traditionnelle (plantes, homéopathie, acupuncture…)

Spiritualité / Sens du sacré / Fétichisme

Athéisme / Ou religion monothéiste et pyramidale / Fétichisme de la marchandise et même des idoles (stars médiatiques)

Relation chamanique et spirituelle avec la nature (minérale, végétale, et animale) les esprits qui les dirigent / Idolâtrie et fétichisme des lieux et objets

Sacralisation athéiste de l'humanité et de la nature Ou syncrétisme spirituel (recomposition de différentes spiritualités)

Relation homme-nature

Recherche du pouvoir de l’homme sur la nature / Homme au dessus de la nature et coupé d’elle depuis la renaissance (les lumières)

L’être humain doit chercher l’harmonie avec la Nature considérée comme mère de l’humanité, source de sa vie et de sa vitalité (Kogis)

Recherche du respect de l'environnement pour conserver sa beauté et notre santé ("écologie classique") / Ou L'hypothèse Gaia (Lovelock), la terre est un être vivant autorégulé et l’humanité est la « conscience collective de la terre »

Approche de la nature (minérale, végétale, animal)

Approche matérialiste, atomisante et utilitariste

Recherche de l'harmonie

Recherche du contact de la nature comme source de bien être, de santé et de la préservation des générations futures

 

FORMES DE TRAVAIL, DE CONSOMMATION ET DE PRODUCTION

 

 

Culture Moderne (du capitalisme occidental techno-industriel)

Culture traditionnelle (des peuples premiers)

Culture postmoderne (de la décroissance écosocialiste)

Mode de répartition des richesses et de solidarité

L'accroissement des richesses globales bénéficiera à tous par ruissellement (percolation)

Solidarité économique communautaire

Recherche d’une redistribution des richesses et d'une régulation sociale à la fois mondiale et relocalisée de manière sélective

Mode d'accumulation et mode de détachement

Accumulation fondée sur un besoin de puissance et de possession (peur du manque)

Cesser d’accumuler quand les besoins minimums sont atteints

Recherche du détachement du besoin de possession et de la

« simplicité volontaire »

Limitation de la richesse

Pas de limite théorique (milliardaires en nombres croissants)

Richesse matérielle secondaire, car limitée à ce qui peut être transportée

Autolimitation, fondée sur le principe de la sobriété heureuse

Volonté de limiter et redistribuer les salaires, revenus et patrimoine.

Forme de la valeur

et mode de calcul de la richesse

Valeur marchande

PIB qui croient même avec les destructions (accidents, réparation…)

 

Valeur d'usage

et valeur symbolique (prestige, pouvoir magique…)

 

Equilibrer valeur d’usage et valeur marchande

IDH (indice de développement humain)

         

 

A travers certains membres de ces minorités alternatives (politiques, associatives…), on observe donc le passage de la modernité du capitalisme techno-industrielle, à la postmodernité de l’écosocialisme postmoderne. Ce qui suppose le passage de :

· La recherche du pouvoir, de la prédation de l’homme sur ses semblables et sur la nature (dont il est coupé), vers la recherche de l’harmonie entre l’être humain, la Nature et la Terre considérée comme une « mère symbolique ». Ce qui implique alors naturellement de respecter la nature, afin de préserver sa propre santé et de partager des richesses économiques et naturelles et lorsqu’elles sont limitées.

· La recherche de la vitesse et du productivisme matériel, vers la quête de la sobriété heureuse, respectueuse des biens non renouvelables, à travers la simplicité volontaire, afin de développer aussi les qualités intérieures de l’être humain,

· L’approche fondée sur une vision réductionniste, c’est à dire intellectualiste, matérialiste et atomisante de la société et du monde, vers une approche symbolique et unifiée du monde, alliant l’intellect et l’intuition.

 

4. REGULATION PUBLIQUE DEMOCRATIQUE DE LA SOCIETE DU PLAN LOCAL AU PLAN INTERNATIONAL (Plutôt que la gouvernance néolibérale par les entreprises privées)

En plus des pratiques relevant du projet d’autonomie politique formulée par Castoriadis, les tenants de la décroissance écosocialiste cherchent à faire rempart à la dérégulation croissante de la gouvernance mondiale a-démocratique et néo-libérale. Mais, pour cela, ils ne cherchent pas simplement à renforcer la régulation publique, mais l'ensemble de la démocratie, car ils estiment que la société doit à la fois être plus régulée, mais de manière démocratique, c'est à dire par les pouvoirs publics et la population. Ainsi, les niveaux de la régulation démocratique qui doivent respecter le principe de subsidiarité, sont le niveau, local, régional, national, continental, international.

Sur le plan sectoriel, la régulation démocratique concerne les règles, normes et lois régissant les secteurs de l’économie, du social, du culturel, du politique et de l’écologie.

Pour les décroissants écosocialistes, une régulation démocratique pour être effective doit donc reposer sur :

- une régulation légale, c'est-à-dire respectant l’Etat de droit (les lois)

- la transparence des décisions (non occultes) prises

 - par des acteurs légitimes du fait de leur nature, car :

· indépendants économiquement,

· élus démocratiquement,

· adoptant des décisions de manière suffisamment participatives.

- l'égalité dans la propriété et la gestion de l'appareil économique et financier, (pouvoir capitaliste).

 - I'égalité du temps pour se former et pour militer (Braibant, 2005).

- l'égalité des niveaux d'éducation (donc des moyens financiers d’accès à l’éducation notamment),

- l'égalité des conditions de vie et de biens (Tocqueville 1948) qui suppose :

· Une égalité de priorité politique (égalité contre liberté) dans le vote des lois du fait de conditionnée par une égalité des conditions de vie (Noberto Bobbio).

· Une égalité économique et sociale afin de parvenir à l’égalité juridique, c'est-à-dire de pouvoir affronter de manière égale les conséquences des pénalités économiques en cas d’infraction à la loi.

- La complémentarité des formes de régulation démocratique : la démocratie directe, la démocratie représentative, la démocratie participative et associationiste, la démocratie revendicative (manifestation, interpellation…), la démocratie communicationnelle (l'indépendance des médias, les débats…), la triarticulation fondée sur une régulation appropriée entre les pouvoirs publics, les acteurs économiques privées et les associations citoyennes.

CONCLUSION

La décroissance écosocialiste repose donc sur un programme alternatif au capitalisme, qui est fondé sur quatre piliers :

Le premier pilier consiste à passer de la modernité fondée sur vision techno-industrielle et capitaliste pour accéder à un nouveau paradigme, celui de la postmodernité de la décroissance écosocialiste. Ceci suppose de passer du productivisme et de la croissance infinie, comme moteur du capitalisme, à la décroissance de la consommation des ressources non renouvelables, en débutant par les plus riches. D’autre part la croissance peut perdurer dans les pays en développement n’ayant pas encore satisfaits leurs besoins essentiels. Il en est de même dans les secteurs sociaux et culturels des pays industrialisés, mais tant que leurs externalités négatives restent faibles.

Le second pilier réside dans la redistribution des richesses (revenus, patrimoines, profits…) grâce à des taxes, des impôts et l'instauration d'un salaire maximum. Ainsi, non seulement les inégalités économiques entre classes sociales, entre le Nord et le Sud seraient réduites. La course au plus gros salaire vise à satisfaire un besoin de pouvoir psychologique. Elle serait ainsi surtout limitée à un besoin de pouvoir ostentatoire, c'est-à-dire de reconnaissance sociale, par l’accès à des postes de prestige. La démocratie économique et politique suppose en effet non seulement de nouveau paradigme sociaux, mais aussi un travail personnel et collectif de détachement psychologique vis-à-vis des besoin de pouvoir, de possession (accumulation et consommation illimité)…

Le troisième pilier concerne le dépassement du capitalisme. Il suppose une appropriation collective des moyens de production, c'est-à-dire que les coopératives privées doivent remplacer les petites entreprises capitalistes et que les grandes entreprises privées soient socialisées. Car ces dernières détiennent le pouvoir dans une société capitaliste. Cette transformation débuterait par une socialisation démocratique des banques, puis des grandes entreprises dont la gestion interne (conditions de travail et organisation de la production) serait assurée par les représentants de l'Etat, les syndicats, les usagers et les associations parti-prenantes (régulation quadripartite).

Le quatrième et dernier pilier repose lui, sur la régulation démocratique d’une économie au service du social et de l’écologie, du plan local au plan international. Cela consiste dans une planification participative pour les grandes entreprises et les services publics en coexistence avec un marché pour le reste de l’économie. Cela suppose aussi d’appliquer le principe de subsidiarité, d’autonomie économique et politique, notamment par une relocalisation fédéraliste unitaire et sociale. C'est-à-dire une synthèse entre liberté et égalité. Il s’agit donc de trouver une équilibre les dérives d’un fédéralisme libéral inégalitaire et un d’Etat égalitaire et centraliste, c'est-à-dire un républicanisme excessivement centralisateur au nom de l’égalité. Ceci, afin d'éviter l’actuelle dérégulation croissante de la gouvernance mondiale néo-libérale et anti-démocratique.

 

 

 

 

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